Jacqueline Bonnet n’était jamais rentrée dans la maison où son aïeul, Nicéphore Niépce, a réussi pour la première fois à fixer une image. La semaine dernière, elle est venue, avec son fils, effectuer le pèlerinage à Saint-Loup-de-Varennes.

Jean-Louis Bruley présente le plan du pyréolophore à Jacqueline Bonnet.

Jean-Louis Bruley présente le plan du pyréolophore à Jacqueline Bonnet.

« Cette maison, je la connaissais pour être passée devant à de nombreuses reprises. On me disait : c’est là ! Mais jamais je n’y étais entrée », glisse Jacqueline Bonnet.
C’est donc avec émotion que l’arrière-arrière-arrière-petite-fille de Nicéphore Niépce est venue découvrir les lieux où son aïeul a mené ses recherches et abouti à l’invention de la photographie.

« C’est magique de se retrouver ici, on imagine Nicéphore Niépce en train de travailler, on le voit à l’œuvre. Tout y est. C’est un travail remarquable », glissait Mme Bonnet à l’adresse des responsables de la Maison Niépce de Saint-Loup qui se battent pour faire connaître et redécouvrir ces lieux et le travail de Nicéphore Niépce comme celui de son frère Claude.

C’est d’ailleurs à ce titre que cette visite de la descendante directe de l’inventeur prend un autre éclat. A quelques semaines des Journées du Patrimoine 2008, au cours desquelles la Maison Niépce fêtera le bicentenaire du moteur à combustion interne inventé par les frères Niépce, cette visite sonne comme un parallèle historique avec l’action de sa grand-mère, Marie-Louise Laforge, en 1924.

Marie-Louise Laforge, arrière-petite-fille de Nicéphore Niépce (coll. privée)

Marie-Louise Laforge, arrière-petite-fille de Nicéphore Niépce (coll. privée)

Marie-Louise Laforge est née Niépce. C’est d’ailleurs par son mariage avec Casimir Laforge que le nom Niépce s’est éteint chez les descendants de l’inventeur de la photographie. « Tous ceux qui s’appellent Niépce et s’affirment comme des descendants de l’inventeur de la photographie sont donc des imposteurs », sourit Mme Bonnet.

Le 17 décembre 1924, dans le grand amphithéâtre de l’hôtel de la Société des Ingénieurs Civils de France, devant les membres de la Société Française de Navigation Aérienne, Pierre Clerget, grand constructeur de moteurs d’avions, auteur du premier moteur d’aviation diesel au monde (1929), dont le nom figura au dictionnaire Larousse jusqu’en 1985, présentait le pyréolophore, en expliquant en conclusion que « le premier moteur à combustion interne a été conçu, construit et expérimenté par les frères Niépce ».
« Il ne paraît pas douteux que dans un avenir plus ou moins éloigné, les principes de la réaction directe seront appliqués à la navigation aérienne. C’est même très probablement sous cette forme que les hommes peuvent espérer circuler à des vitesses encore inconnues dans l’atmosphère très raréfiée, sinon dans les espaces planétaires. Le principe de la fusée ou du projectile à réaction pouvant théoriquement fonctionner dans le vide en est un exemple », expliquait alors, visionnaire, le chercheur Bourguignon.
Le moteur des frères Niépce utilisait de la poudre de lycopode comme combustible et Clerget soulignait alors que les frères Niépce « sont […] encore les seuls à nous avoir montré, par une machine ayant réellement fonctionné en donnant un effet utile, l’emploi direct d’un combustible solide dans un cylindre moteur. Près d’un siècle plus tard, Diesel s’y est essayé mais en vain », notait encore Clerget.
Mais les recherches sur le moteur des frères Niépce devait s’arrêter là et leur invention retombait quelque peu dans l’oubli. Jusqu’à ces dernières années.
Jean-Louis Bruley, Chalonnais agrégé en génie mécanique, se passionne désormais pour le fameux moteur et espère prochainement pouvoir le faire fonctionner après l’avoir reconstruit en suivant les plans de ses inventeurs.

En 1924, Marie-Louise Laforge avait tenu à saluer les travaux de Clerget et l’avait remercié pour sa « précieuse appréciation et l’intérêt que vous portez à nos déjà si illustres parents ». 84 ans plus tard, Jacqueline Bonnet pouvait donc elle aussi saluer le travail réalisé par Jean-Louis Bruley en louant « sa précieuse appréciation ». C’est en effet lui qui conduisait la visite de la maison Niépce. Comme un clin d’œil de l’histoire à l’heure du bicentenaire de l’invention des frères Niépce.

C. Saulnier