Un peu de Niépce en Suisse

Des liens étroits se sont noués entre Vevey, la maison Niépce et le maire de Saint-Loup. Photo M.S.

Des liens étroits se sont noués entre Vevey, la maison Niépce et le maire de Saint-Loup. Photo M.S.

La maison Niépce a offert au musée de Vevey l’intégralité de ses pièces numériques pour une histoire de la photo numérique.

Une fois n’est pas coutume, c’est un curieux équipage qui a quitté Saint-Loup-de-Varennes cette semaine. Une voiture immatriculée en Suisse, pleine à ras bord de matériel informatique : vieil ordinateur Macintosh, graveurs de CD, notices, appareils numériques qui dormaient dans le grenier de la mairie depuis quelques années, voire presqu’une décennie. Ce matériel amassé par Pierre-Yves Mahé, fondateur de la maison Niépce, a été donné au musée suisse de l’appareil photo de Vevey, où il rejoindra d’autres collections cédées par la même maison.

Expliquer la révolution numérique

« Il y a dix ans, j’avais l’intention, pourquoi pas, de monter une histoire de la photographie numérique. J’avais commencé à récupérer un matériel formidable que les agences de presse jetait, des choses achetées à prix d’or mais obsolètes au bout d’un an. Entre 1994 et 1997, j’ai formé, via mon école de photographie Spéos, toutes les agences de presse parisiennes – Rapho, Sigma, Magnum – et les principaux fabricants de matériel à la transmission d’images numériques. J’ai accumulé ces objets et je les ai entreposés dans le grenier de la mairie pensant, un jour, retracer l’histoire de la photographie numérique. Aujourd’hui, je me rends compte que ce n’est pas possible. Nous commençons à manquer de place dans la maison Niépce tant nous trouvons de matériel se rapportant à lui », explique le photographe. Il devenait impossible d’imaginer que le numérique trouve sa place dans cette histoire. Pierre-Yves Mahé a donc décidé de donner à ce musée consacré à l’histoire de la photographie, depuis la caméra obscura jusqu’à nos jours, cette collection. Il sera ainsi le premier musée d’Europe à relater une histoire de la photographie numérique qui s’écrit chaque jour.

« On peut dire que le premier système de photographie numérique date des années 75, mais il faudra attendre 1990 pour qu’il y ait un appareil photo en tant que tel. Mais à l’époque, il vaut encore un beau paquet d’argent et a une définition dont vous ne voudriez même plus aujourd’hui pour votre téléphone. Nous avons noué des liens avec la maison Niépce depuis longtemps, un film passe en boucle expliquant son travail et l’invention de Niépce. Il nous semblait très important de montrer un lieu où a été fabriquée cette première image. Puis, nous avons eu l’idée de consacrer un étage de notre petit musée à l’histoire de la révolution numérique et naturellement nous nous sommes tournés vers Pierre-Yves Mahé. En récupérant ce matériel, il a fait un travail de pré-archéologue », explique volontiers Jean-Marc Bonnard Yersin, directeur du musée municipal de Vevey ouvert depuis 1979.

Préserver le maximum de ces objets

Une fois ramené en Suisse, ce matériel sera inventorié et décrit, mais pas forcément testé pour savoir s’il est encore en état de marche. « Idéalement, les objets devront être en état de marche, mais face à leur nombre, nous avons aussi le souci qu’ils durent le plus longtemps et les faire fonctionner, même une fois pour les tester, pourrait les anéantir et interdire à un chercheur de travailler ensuite », explique le conservateur.

C’est là un des paradoxes du matériel actuel, très vite produit, il est aussi vite inutile et contrairement aux appareils de Niépce, aura du mal à passer les siècles. Il est donc indispensable de les préserver pour les générations futures et leur montrer de quoi l’histoire de la photo était faite.

Meriem SouissiOuverte depuis dix ans, la maison Niépce possède un joli palmarès à son actif : après la publication dans son entier de la correspondance entretenue entre Niépce et son frère, des recherches, dans la maison, ont permis de retrouver l’emplacement exact, traces sur le plancher à l’appui, du lieu même où Niépce a fixé le fameux point de vue des Gras, la première image photographique au monde. La maison s’est vue ensuite confier l’intégralité de la chimie du premier laboratoire photographique au monde, puis Janine Niépce, à sa mort voici quelques années, a légué une partie des documents et biens ayant appartenus à Niépce : bonnet de baptême, correspondance… Les dernières semaines ont vu également rentrer dans les collections, des biens ayant appartenu au colonel Niépce, cousin de Nicéphore, valeureux militaire installé à Sennecey dont la correspondance de Niépce montre qu’il a acquis du matériel pour son compte et servi de messager avec son opticien, Chevalier.

Publié le 15/06/2010